Eric Manigaud
Drawing Room 017

13 septembre 2017 au 17 septembre 2017

Ce diluant souvent associé à l’usage de la peinture, paradoxalement n’est pas blanc, mais incolore, transparent tandis que le blanc est un champ chromatique caractérisé par une impression de forte luminosité, sans aucune teinte dominante. Un espace neutre, donc, sur lequel peut s’exprimer librement l’esprit, immatériel par essence. White spirit - blanc - au commencement, comme la page ou les murs, mais pas exactement.

Apparue au milieu du XIXe siècle, la " photographie spirite " allie deux croyances. D'une part, la foi dans des réalités surnaturelles invisibles à l'oeil nu et d'autre part la conviction que le médium photographique est à même de témoigner de ces mêmes réalités de façon objective. Dans les années 1860, William Howard Mumler, " photographe-médium " institue la pratique de la photographie spirite à New York, ouvrant la voie à nombreuses expériences réalisées par des pseudos scientifiques et beaucoup d’anonymes.

Le dessin d’Eric Manigaud révèle le cliché du 5 janvier 1913 représentant la médium Stanislawa P. photographiée par Albert Von Schrenck-Notzing crachant une forme ectoplasmique. Eric Manigaud, comme dans les séries précédentes, au-delà de la trace photographique, fait ressurgir la question du discernement de notre regard. Sauf que face à de telles images, le danger serait d’épouser la croyance de ceux qui les ont réalisées. Il ne s’agira donc pas ici de croire à ces images, mais plutôt de les transformer en objets d’histoire, c’est-à-dire en outil de compréhension des mécanismes humains ou photographiques qui sont en jeu dans ces curieuses expériences de photographie occulte dont l’intention était de manifester la survivance de l’esprit après la mort.

Régulièrement exposées par la Galerie AL/MA, les sculptures de Tjeerd Alkema sont définitivement blanches, parfois très légèrement grises. Ce n’est pas un choix, mais l’unique façon de révéler les intentions de l’artiste en permettant à la lumière de révéler les ombres et la complexité des contours de l’anamorphose. En nous invitant à faire le tour du volume pour pouvoir appréhender la forme de base (carré) et le processus de torsion qui la caractérise, somme d’un jeu de perspective dans lequel l’artiste excelle. De plus en plus complexes, elles donnent à voir et à comprendre un raisonnement qui doit autant aux mathématiques qu’à un certain sens du paradoxe, rebelle à la facilité et aux convenances.

Exposé simultanément au FRAC Occitanie Montpellier et au Musée Lattara cet été, Arnaud Vasseux présentera entre autres sculptures, Creux (2015) une petite concrétion de calcaire, pétrifiée entre ses mains – le temps à l’oeuvre. Le durée, la trace sont interrogées à travers des modes opératoires souvent complexes et invisibles, sans rien laisser paraître de l’énigme de leur apparition. Comme Tjeerd Alkema et Jean-Baptiste Carron, Arnaud Vasseux s’exprime avec une charte chromatique très réduite, laissant le plus souvent la surface de ses sculptures nue. En désignant cette toute petite oeuvre par le mot « creux », il fait référence au lexique technique du moulage, mais également à tout un espace naturel qui nous rappelle des temps immémoriaux.